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Chaque année, les routes françaises endeuillent des milliers de familles. En 2025, 3515 personnes sont décédées sur les routes de France : 3263 en France hexagonale et 252 en Outre-mer. A ce nombre important de décès s’ajoutent 247000 blessés, dont 16800 gravement (Source ONISR, Bilan 2025 de la sécurité routière).

Derrière ces chiffres, une réalité particulièrement révoltante pour les proches : une part majoritaire de ces drames est liée à des comportements délibérément inadaptés et dangereux.

39% des décès surviennent dans un accident impliquant au moins un conducteur sous l’emprise d’alcool, de stupéfiants, ou des deux, soit près de 1 250 personnes tuées. L’alcool est cité comme facteur chez 22 % des présumés responsables d’accidents mortels, les stupéfiants chez 13 %, et la vitesse excessive ou inadaptée chez 29 %. L’ONISR rappelle un chiffre saisissant : le risque d’accident mortel est multiplié en moyenne par 18 sous l’effet de l’alcool, et par 34 en cas de cumul alcool et stupéfiants.

Face à ces comportements, l’ancienne qualification, « homicide involontaire », était devenue inaudible pour les victimes et leurs familles. Le législateur a répondu à cette attente avec la création du délit homicide routier.

L'homicide routier, une nouvelle loi entrée en vigueur en 2025

L’homicide routier, objet d’une nouvelle loi, est l’aboutissement d’un long combat porté par les associations de victimes de la route.

Issue d’une proposition de loi déposée en octobre 2023 et relancée à la suite de plusieurs affaires médiatisées, la loi du 9 juillet 2025 créant l’homicide routier et visant à lutter contre la violence routière (loi n° 2025-622) a été publiée au Journal officiel le 10 juillet 2025.

Cette loi poursuit un double objectif :

D’une part, un objectif symbolique : rompre avec le terme « involontaire », perçu comme minimisant la responsabilité d’un conducteur dont le comportement était, lui, parfaitement volontaire : boire, se droguer, rouler sans permis, foncer à grande vitesse, téléphoner en conduisant, etc.

D’autre part, un objectif procédural : créer une qualification pénale autonome d’homicide routier lorsque le décès est causé dans l’une des situations aggravées prévues par la loi.

La loi du 9 juillet 2025 crée un chapitre autonome dans le Code pénal, intitulé « Des homicides et blessures routiers » (articles 221-18 et suivants).

Elle institue également un délit de blessures routières lorsque l’accident n’entraîne pas la mort, mais une incapacité de la victime.

Par ailleurs, le texte durcit le cadre : suspension automatique du permis par le préfet, rétention conservatoire du titre de conduire et examen médical obligatoire, aux frais du conducteur, avant toute restitution du permis.

Il convient toutefois de garder à l’esprit que la loi du 9 juillet 2025 ne crée pas une infraction radicalement nouvelle dans son quantum : elle requalifie et durcit le cadre d’ores et déjà existant des décès causés au volant.

Homicide routier : que dit le Code pénal ?

Définition de l’homicide routier

La définition de l’homicide routier figure à l’article 221-18 du code pénal :

« Constitue un homicide routier le fait, pour le conducteur d’un véhicule terrestre à moteur, de causer la mort d’autrui sans intention de la donner, dans les conditions prévues à l’article 121-3 du Code pénal, lorsqu’au moins une circonstance aggravante limitativement énumérée par la loi est caractérisée ».

Trois éléments doivent donc être réunis pour retenir le délit homicide routier :

  1. Un conducteur d’un véhicule terrestre à moteur : voiture, deux-roues motorisé, poids lourd, etc.
  1. Le décès d’une personne causé par l’accident, sans intention de donner la mort.
  1. Au moins une circonstance aggravante parmi les dix prévues par le code pénal pour l’infraction d’homicide routier.

C’est ce dernier critère qui distingue le délit homicide routier de l’homicide involontaire commis par un conducteur de véhicule terrestre à moteur « classique ».

En l’absence de toute circonstance aggravante, le décès causé au volant ne relève pas du délit homicide routier, mais demeure qualifié d’homicide involontaire de droit commun (article 221-6 du Code pénal).

Qu'est-ce qui constitue un homicide routier ? Les circonstances aggravantes

L’homicide routier défini par le code pénal (article 221-18) est constitué lorsque l’une des situations prévues aux 1° à 10° de l’article 221-18 du code pénal est caractérisée par les faits.

La présence d’au moins l’une d’entre elles fait basculer le décès de l’homicide involontaire vers le délit homicide routier.

Les circonstances aggravantes qui qualifient l’homicide routier

  • La violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement ;
  • L’état d’ivresse manifeste ou l’état alcoolique au sens du code de la route, ou le refus de se soumettre aux vérifications destinées à établir l’alcoolémie ;
  • L’usage de stupéfiants révélé par une analyse sanguine ou salivaire, ou le refus de se soumettre au dépistage ;
  • La consommation volontaire, de façon détournée ou manifestement excessive, de substances psychoactives figurant sur une liste fixée par décret ;
  • La conduite sans permis : conducteur non titulaire du permis ou dont le permis a été annulé, invalidé, suspendu ou retenu ;
  • L’excès de vitesse égal ou supérieur à 30 km/h au-dessus de la vitesse maximale autorisée ;
  • Le délit de fuite : le conducteur, sachant qu’il vient de causer un accident, ne s’arrête pas, ce afin d’échapper à sa responsabilité, ou ne porte pas secours à une personne en danger ;
  • L’usage du téléphone portable tenu en main au volant, ou le port à l’oreille d’un dispositif émettant du son (oreillettes, casque) ;
  • Le refus d’obtempérer à une sommation de s’arrêter émanant des forces de l’ordre ;
  • Les rodéos urbains et autres comportements visés à l’article L. 236-1 du code de la route.

Lorsque le décès survient avec une seule de ces circonstances, on parle d’homicide routier simple. Lorsqu’il est commis avec deux circonstances aggravantes ou plus (par exemple, conduire ivre et sans permis), on parle d’homicide routier aggravé, ce qui entraîne une élévation des peines encourues.

Homicide routier ou homicide involontaire : quelle différence ?

La distinction entre homicide routier et homicide involontaire est essentielle, car elle conditionne la qualification pénale retenue.

Elle repose principalement sur la présence ou l’absence de circonstance aggravante.

L’homicide involontaire (article 221-6 du Code pénal) sanctionne le fait de causer la mort d’autrui par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité.

En l’absence des situations visées par l’article 221-18 du code pénal, le décès causé au volant demeure qualifié d’homicide involontaire.

Sur la route, ce serait par exemple le cas d’un conducteur causant un accident mortel par une inattention ponctuelle, sans alcool, sans stupéfiant, sans excès de vitesse caractérisé.

L’homicide involontaire est puni de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, peines portées à 5 ans et 75 000 € en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité.

Le délit homicide routier, lui, suppose au moins une circonstance aggravante parmi les dix listées par l’article 221-18 du code pénal.

Là où l’homicide involontaire renvoie à une faute purement involontaire, l’homicide routier traduit une prise de risque consciente et reprochable.

Un exemple permet d’illustrer la frontière entre les deux qualifications

Un conducteur qui, par inattention, grille un feu et provoque un accident mortel commet en principe un homicide involontaire. Le même conducteur, s’il avait au moment des faits un taux d’alcool supérieur à la limite légale, avait consommé des stupéfiants, roulait à plus de 30 km/h au-dessus de la vitesse autorisée ou conduisait sans permis, relèvera du délit homicide routier.

C’est la conjonction d’un décès et d’un comportement délibérément dangereux qui fonde la qualification d’homicide routier.

En présence de plusieurs de ces facteurs, on entre dans le champ de l’homicide routier aggravé.

Il faut souligner un point souvent mal compris : avant la loi du 9 juillet 2025, les décès causés au volant avec circonstances aggravantes étaient déjà réprimés, sous la qualification d’homicide involontaire aggravé par la conduite et par des circonstances aggravantes (ancien article 221-6-1 du Code pénal), avec des peines similaires.

La principale évolution de l’homicide routier est sémantique et symbolique : nommer le drame par ce qu’il est, et reconnaître la souffrance des familles, plutôt que de créer un quantum de peine inédit.

Pour les victimes, cette reconnaissance a une portée importante, tant sur le plan humain que dans le cadre du procès pénal.

Homicide routier aggravé : les peines encourues

La peine encourue pour l’infraction d’homicide routier est fixée par l’article 221-18 du code pénal et varie selon le nombre de circonstances aggravantes.

  • Homicide routier avec une circonstance aggravante : la peine encourue est de 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende.
  • Homicide routier aggravé (deux circonstances aggravantes ou plus) : lorsque le décès est causé avec au moins deux des circonstances listées, la peine est portée à 10 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende.

Le législateur a transposé la même logique de gradation aux blessures routières (article 221-19 du Code pénal) :

  • Lorsque l’accident n’entraîne pas la mort mais une incapacité totale de travail supérieure à trois mois : la peine est alors de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (une circonstance aggravante), portée à 7 ans et 100 000 € en présence de deux circonstances ou plus.

À ces peines principales s’ajoutent des peines complémentaires fréquemment prononcées en matière routière : suspension ou annulation du permis de conduire, interdiction de conduire certains véhicules, confiscation du véhicule, obligation d’accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière, etc.

La loi du 9 juillet 2025 a en outre renforcé les mesures de sûreté immédiates : rétention puis suspension administrative du permis et examen médical obligatoire avant toute restitution.

Les peines maximales encourues demeurent similaires à celles applicables avant la réforme.

La principale nouveauté réside dans la qualification d’homicide routier elle-même, destinée à distinguer les comportements routiers les plus dangereux des autres homicides involontaires.

En effet, l’homicide routier reprend le quantum qui existait déjà pour l’homicide involontaire commis par un conducteur de véhicule terrestre à moteur (ancien article 221-6-1).

L’apport majeur de la réforme tient donc à la qualification autonome, à la dimension symbolique et au renforcement procédural, plus qu’à une aggravation de la peine encourue.

Sur le plan procédural, l’homicide routier constituant un délit, il est jugé par le tribunal correctionnel, si le Procureur de la République compétent décide de poursuivre pénalement le responsable.

C’est dans ce cadre que les proches, peuvent se constituer partie civile afin de faire valoir leurs droits et d’accéder au dossier pénal.

La loi du 9 juillet 2025 a, dans ces circonstances, entendu agir sans attendre le procès : la rétention immédiate du permis, sa suspension administrative automatique et l’examen médical préalable à toute restitution visent à écarter au plus vite de la route un conducteur dont la dangerosité a été révélée par l’accident.

Qualification Peine encourue Amende
Homicide involontaire
Sans circonstance aggravante 3 ans 45 000 €
Violation délibérée d'une obligation de sécurité 5 ans 75 000 €
Homicide routier
Simple 1 circonstance aggravante 7 ans 100 000 €
Aggravé 2 circonstances aggravantes ou plus 10 ans 150 000 €
Blessures routières
Simple 1 circonstance, ITT > 3 mois 5 ans 75 000 €
Aggravées 2 circonstances ou plus 7 ans 100 000 €

Indemnisation et accompagnement : les droits des familles de victimes décédées

La qualification pénale d’homicide routier est une chose, l’indemnisation des proches en est une autre.

Ces deux logiques sont distinctes et complémentaires : en droit français, l’action pénale (sanctionner le conducteur) et l’action civile (indemniser les victimes) suivent des règles propres.

Sur quel fondement les familles sont-elles indemnisées ?

L’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation repose avant tout sur la loi Badinter du 5 juillet 1985.

Ce texte protecteur permet l’indemnisation des victimes par l’assureur du véhicule impliqué, selon un régime de responsabilité largement favorable aux victimes.

Surtout, la loi Badinter ne se limite pas à la victime directe décédée : elle ouvre droit à indemnisation pour les victimes par ricochet, c’est-à-dire les proches et ayants droit de la personne tuée.

Lorsque le conducteur responsable n’est pas assuré, n’est pas identifié (délit de fuite) ou que son assurance est défaillante, l’indemnisation peut être prise en charge par le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO).

Quels préjudices peuvent être indemnisés ?

L’évaluation des préjudices s’effectue conformément à la nomenclature Dintilhac, référentiel utilisé par les juridictions et les assureurs.

Pour les familles de victimes d’un homicide routier, les principaux postes de préjudice sont :

  • Le préjudice d’affection : la souffrance morale liée à la perte d’un être cher, indemnisable pour les proches (conjoint, enfants, parents, frères et sœurs, et selon les liens établis, d’autres membres de la famille).
  • Le préjudice économique des proches : la perte de revenus que la victime décédée apportait au foyer (par exemple, les revenus d’un parent qui faisait vivre sa famille).
  • Les frais d’obsèques et funéraires, sur justificatifs.
  • Le préjudice d’accompagnement : les bouleversements subis par les proches ayant accompagné la victime durant la période précédant le décès, lorsqu’elle a survécu un temps à ses blessures.

À ces préjudices des victimes par ricochet s’ajoutent, le cas échéant, les préjudices subis par la victime directe entre son accident et son décès (souffrances endurées, par exemple), qui se transmettent à ses héritiers.

La transaction avec l’assureur ou, à défaut, l’action judiciaire interviennent pour fixer le montant définitif de la réparation.

À chaque étape, la vigilance s’impose : les premières offres d’indemnisation présentées aux familles sous-évaluent fréquemment certains postes, en particulier le préjudice économique et le préjudice d’affection.

Homicide routier : l’importance d’être accompagné

L’accompagnement par un avocat spécialiste en droit du dommage corporel, est essentiel : faire reconnaître vos droits, contester une offre d’indemnisation insuffisante de l’assureur, mobiliser la nomenclature Dintilhac poste par poste et défendre les intérêts des proches de la victime décédée tout au long de la procédure.

Dans le cas d’un homicide routier, la sanction pénale du conducteur est importante car elle traduit une reconnaissance des faits et des responsabilités, mais la juste réparation de l’ensemble des préjudices subis par la famille de la victime décédée, est également indispensable pour se reconstruire.

Questions fréquentes (FAQ)

Depuis quand la loi sur l’homicide routier est-elle en vigueur ?

La loi du 9 juillet 2025 (loi n° 2025-622) créant l’homicide routier a été promulguée le 9 juillet 2025 et publiée au Journal officiel le 10 juillet 2025.

Conformément à la règle de l’article 1er du Code civil, le texte est entré en vigueur le 11 juillet 2025, soit le lendemain de sa publication.

Le délit homicide routier est donc applicable depuis cette date.

Est-ce que la loi sur l’homicide routier est rétroactive ?

Non. En droit pénal, le principe de non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère s’applique (article 112-1 du Code pénal) : une loi nouvelle qui crée une infraction ou aggrave une peine ne peut s’appliquer aux faits commis avant son entrée en vigueur.

La qualification d’homicide routier ne peut donc concerner que les accidents survenus à compter du 11 juillet 2025.

Pour les faits antérieurs, c’est la qualification en vigueur au moment de l’accident qui s’applique (homicide involontaire, le cas échéant aggravé par la conduite).

En pratique, l’impact est nuancé : les peines maximales de l’homicide routier aggravé étant proches de celles qui existaient déjà, c’est surtout la qualification symbolique qui distingue les dossiers postérieurs au 11 juillet 2025.

Sur le plan civil, en revanche, le droit à indemnisation des familles fondé sur la loi Badinter ne dépend pas de cette qualification pénale et s’applique quelle que soit la date de l’accident.

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